La garde du boxeur old school

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La garde du boxeur old school

Les plus anciennes photos de boxeurs, celles du dix-neuvième siècle, montrent des pugilistes, qui ne sont pas toujours pourvus d'une à la moustache « de Poilu » soigneusement peignée, mais qui posent quasi invariablement dans une bien étrange position, avec une garde basse. Inopérante et même risquée aujourd'hui, cette garde était pourtant la meilleure à l'époque tout simplement parce que les règles et les techniques de combat étaient différentes de celles en vigueur à notre époque.

La distinction la plus significative était que beaucoup de combats se pratiquaient à mains nues : le fameux « bare-knuckle boxing ». De cette façon les coups violents portés à la tête étaient plus rares car les boxeurs, sans gants pour les protéger, pouvaient se blesser les mains. Si on ne visait donc pas la tête en priorité, comme c'est le cas de nos jours, c'est la cage thoracique, la zone abdominale ou le foie qui étaient plutôt ciblés. Ce qui explique sur ces clichés une position de bras protégeant le corps comme on tient constamment une garde haute aujourd'hui pour empêcher l'adversaire d'atteindre la mâchoire, le nez, les arcades sourcilières, le front ou les tempes. Les KO et les conséquences pour la santé cérébrale étaient ainsi plus rares et les pugillistes pouvaient parfois faire des carrières beaucoup longues que celles qu'on a eu l'habitude de voir depuis le vingtième siècle. Aussi, certains combats n'avaient jusqu'à la fin des années 1800 pas de durée, et ne se terminaient que lorsqu'un des deux boxeurs ne pouvait plus se relever ou abandonnait. Avant la codification des combats de boxe anglaise entrés en vigueur en 1891 sous le nom de Règles de Queensberry, du nom du marquis écossais qui a grandement contribué à les propager dans le monde entier, le protocole variait d'un match à l'autre allant de la lutte, à ce qui pourrait se rapprocher de ce qu'on connaît aujourd'hui sous le nom de MMA, en passant par le combat de rue où tous les coups étaient permis, y compris d'attraper son opposant par les cheveux et les frappes en dessous de la ceinture...

tommy ryan boxeur à mains nuesTommy Ryan, boxeur américain champion du monde poids welters et moyens.

Cette garde spécifique du dix-huitième siècle, c'était donc la tête en arrière et pour la majorité des boxeurs un bras tendu pour jauger la distance avec le combattant adverse tout en ayant la possibilité de le « piquer », avec une méthode : parer la droite de l'adversaire avec son gauche, le gauche avec sa droite, et toujours garder un bras replié pour protéger contre les coups au corps et contre-attaquer avec des coups plus puissants.

C'est Daniel Mendoza, un boxeur anglais d'origines séfarades portugaise et espagnole qui a cultivé et popularisé cette technique lors de sa carrière à la fin du dix-huitième siècle. Avec ses 1m70 pour 73 kg, plus petit et moins lourd que la plupart des combattants de l'époque, il avait réussi le prodige de devenir champion poids lourds d'Angleterre en 1792 et de conserver son titre jusqu'en 1795, alors qu'il n'était que poids moyen... Comme Mohamed Ali un peu moins de 200 ans plus tard, on disait de lui qu'il volait comme un papillon et qu'il piquait comme une abeille. Sa méthode introduit notamment l'esquive et la parade en s'inspirant de l'escrime, le contournement et le blocage. Des nouveautés dans un premier temps critiquées pour leur caractère considéré comme « lâche », dans un milieu où on cultivait et privilégiait la force brute et la résistance. Mais petit à petit, les boxeurs européens et américains allaient adopter cette nouvelle science du combat, notamment après la publication de son best-seller « L'art de la boxe », à Londres en 1789.

peter jackson boxeur bareknuckleL'Australien Peter Jackson, « The Black Prince », un des tous meilleurs poids lourds de sa génération, champion d'Australie et du Commonwealth à la fin du XIXe siècle.

john l. sullivan boxeur à mains nuesLe « Boston Strong Boy » John L. Sullivan, champion du monde poids lourds pendant 10 ans de 1892 à 1992.