Didi, le prince dans l'ombre du roi
24/03/2021

Quand on évoque les légendes de la Seleção du vingtième siècle, on pense évidemment à Pelé, Garrincha ou Zico. Considéré comme le précurseur de la « folha seca », cette frappe à effet spectaculaire qui fait retomber la balle comme une feuille morte, le milieu de terrain offensif champion du monde 1958 et 1962 Didi fait pourtant partie des plus grands joueurs de l'histoire du football brésilien, et du football tout court.

didi brésil 1958 football

Double champion du monde

Le cauchemar du Maracanazo encore présent dans toutes les têtes, c'est en Europe que les Auriverde vivent leur renaissance, en deux temps. En Suisse pour commencer, lors du Mondial 1954 où - ayant désormais définitivement abandonné le maillot blanc - ils se qualifient pour les quarts de finale. Balayée par le « Onze d'or » hongrois lors d'un match brutal surnommé plus tard « la Bataille de Berne », cette équipe fait surtout preuve d'orgueil et de détermination à redorer son blason. Aux manettes, Didi s'impose comme un futur leader de la reconstruction. Quatre ans plus tard, en Suède, la sixième édition de la Coupe du monde voit l'éclosion d'une nouvelle génération dont un certain Pelé, un adolescent de 17 ans qui crève l'écran et impressionne la planète du ballon rond toute entière. Dans l'équipe figurent le virtuose Garrincha, le buteur Vavá, Mario Zagallo le futur sélectionneur et Gilmar dans les cages. Au milieu, le meneur de Botafogo, ancien joueur de Fluminense où il est resté 7 saisons, Valdir Pereira, surnommé le « Prince d’Éthiopie » par l'écrivain brésilien Nelson Rodrigues, fan parmi les fans du « Flu ». Rapide, élégant, doté d'une grande intelligence de jeu, auteur de passes au millimètre et aussi très bon tireur de coups de pied arrêtés, il forme avec son coéquipier du milieu Zito un duo démoniaque selon les dires de Just Fontaine. La Coupe Jules Rimet en mains, il est même désigné meilleur joueur de la compétition. En 1962 au Chili, Didi ajoute un deuxième trophée mondial à son palmarès, en étant le seul joueur avec Gilmar, Nilton Santos et Zagallo à avoir joué tous les matchs de ces deux campagnes victorieuses. Il prend ensuite sa retraite internationale, au sommet de son art.

Folha seca

Lors d'un match retour préliminaire à la Coupe du monde suédoise, au Maracanã contre le Pérou le 21 avril 1957, les Brésiliens l'emportent 1-0 et se qualifient de justesse après un nul à Lima. Le but de la victoire est signé Didi à la onzième minute, sur un coup franc qui va rester dans l'histoire. Ce jour-là, il popularise la frappe en « feuille morte », la « fohla seca » qui imprime au ballon un effet tel qu'il monte d'abord pour ensuite redescendre brusquement et surprendre toute la défense adverse. Une technique qui restera une spécialité brésilienne plus tard avec Garrincha et Ronaldinho entre autres qui en feront leur art.

Dans l'ombre du roi

L'année qui a suivi le premier succès en Coupe du monde, il avait traversé l'Atlantique pour rejoindre Ferenc Puskás, Raymond Kopa, Alfredo Di Stéfano et la « dream team » du Real Madrid qui domine le football européen des années 1950. Malgré un titre de champion d'europe des clubs champions à la fin de cette saison 1960, le cinquième de suite pour le club merengue, ce transfert prometteur s'était soldé par un échec et le Carioca était rentré au pays après une saison pour retrouver la « Lone Star », les noir et blanc de Botafogo. Quand Didi disparaît en 2001, c'est bien un grand nom de l'histoire du football qui s'en va. De ces années glorieuses pour le football brésilien, le grand public retient surtout Pelé - qui l'admirait. Sans obtenir la reconnaissance qu'il méritait en dehors des spécialistes, le prince aura finalement toujours vécu dans l'ombre du roi.

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