Ballons du soldat et Poilu's Park, l'origine de l'essor du football en France

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Ballons du soldat et Poilu's Park, l'origine de l'essor du football en France

Si les historiens ne sont pas tous d'accord sur l'existence du match de football du « No Man's Land » qui aurait opposé soldats anglais et allemands sur le front belge lors de la Trève de Noël de 1914 – une légende ou une réalité qui a donné lieu à l'édification par la FIFA d'un mémorial dans le village de Ploegsteert  le football a bel et bien connu un essor dans les tranchées de la Grande Guerre, qui a été l'occasion pour de nombreux Poilus de découvrir pour la première fois le ballon rond et ses règles du jeu élaborées de l'autre côté de la Manche.

Venant des 4 coins de la France, les plus de 8 millions de Poilus mobilisés pendant toute la Première Guerre mondiale sont pour la plupart originaires du monde paysan. Un monde où les nouveaux sports nés de la révolution industrielle sont à l'époque quasi inexistants, et se pratiquent principalement dans les villes, par les ouvriers au pied des usines ou dans les ports où les officiers britanniques débarquent. Dans l'épreuve incommensurable qu'est ce nouveau type de combat, la guerre de positions, les soldats ont rapidement besoin, au delà des carences en alimentation et en soins dont ils souffrent, de s'entretenir physiquement et de se maintenir psychologiquement. Dès l'automne 1914, des jeunes officiers décident d'organiser des parties de football à l'arrière du front, à l'image de ce que pratique la British Army. À travers l'opération « ballons du soldat », des « cuirs » sont envoyés aux troupes par le journal L'Auto, le quotidien organisateur du Tour de France depuis 1903 qui deviendra plus tard L'Équipe. Par sa simplicité, la pratique du foot devient rapidement la plus populaire au sein des régiments et enthousiasme les Poilus qui y trouvent un moyen d'échapper à l'angoisse et à l'immobilisme morbides de leur quotidien.

le poilu's park de commercy près de verdunL'entrée du Poilu's Park amenagé à une quarantaine au sud de Verdun dans le vélodrome de Commercy.

Dans la « zone rouge », près de Verdun dans la Meuse, là où les combats ont fait rage, sous l'impulsion du médecin Pierre Louis Rehm et du général Cordonnier est imaginé un lieu de loisirs et de divertissement pour entretenir le moral des soldats. En référence au Luna Park de la Porte Maillot à Paris, le « Poilu's Park » voit le jour à l'été 1915 dans le vélodrome de la ville de Commercy avec au programme sport et spectacles de music-hall. Des centaines de militaires français et anglais peuvent y assister à des matchs de football et de rugby mais aussi à des combats de boxe, des courses cyclistes et des épreuves de type olympique comme la gymnastique, l'athlétisme, l'haltérophilie ou l'escrime. Sur la pelouse, une rencontre internationale de football France-Angleterre y est organisée fin juillet avec une victoire 1 à 0 des Poilus sur les Tommies. En1917, les Sammies américains entreront en scène, en important eux-aussi leurs sports locaux, comme le basketball et le baseball.

C'est ainsi qu'à l'armistice, les héros survivants de la Grande Guerre ont ramené dans leur bourgade la pratique du ballon et que de nombreux clubs sont nés au début des années 1920.

la vie au grand air décembre 1916 footballUne du magazine sportif La Vie au Grand Air du 15 décembre 1916 avec une illustration de soldat gardien de but aux couleurs de la France tenant un ballon de football en cuir dans la neige, devant une cage constituée de fusils et du drapeau tricolore.