Il y a 70 ans, le Mundial brésilien (2/2)

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Il y a 70 ans, le Mundial brésilien (2/2)

Un match nul, rien qu'un match nul suffisait pour faire des Brésiliens à domicile les premiers champions du monde de l'après-guerre. Au lieu du scénario idéal, l'inenvisageable s'est produit ce 16 juillet 1950. L'Uruguay, déjà titré lors de la première édition en 1930 l'a emporté par le plus petit écart et a ravi la coupe Jules Rimet à tout un peuple carioca prostré sous le coup de l'émotion. Un drame nommé « Maracanazo ».

Le choc

Pour comprendre à quel point cette défaite est une tragédie qui a été vécue comme un traumatisme, il faut relater les faits qui se sont produits ce jour-là en réaction au choc. Il est 17 heures environ au coup de sifflet final du match, deux hommes se jettent du haut des tribunes, trois autres au moins succombent à des crises cardiques à l'intérieur de l'enceinte. Dans Rio et dans le reste du pays, on assiste à une série de suicides. Le coach brésilien Flávio Costa est exfiltré du stade. Sur la pelouse, Jules Rimet, la tête basse et la mine déconfite, remet sans protocole la coupe à Obdulio Varela, le capitaine de la Celeste.

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Le service d'ordre est en pleurs. À l'extérieur, des supporters cariocas en colère mettent à terre un buste du maire de la ville Angelo Mendes de Moraes pour avoir trop tôt adressé ses félicitations et ainsi peut-être avoir porté malheur aux maillots blancs. Et parce qu'il fallait trouver un responsable, une partie de l'opinion fait des joueurs noirs de l'équipe brésilienne injustement les fautifs, alors qu'en comparaison celle de l'Uruguay n'était composée que de joueurs blancs, à l'exception du milieu de terrain Víctor Rodríguez Andrade. Le gardien de but Moacir Barbosa est particulièrement pris pour cible.

La résilience

Pour conjurer le sort, la fédération décide d'abandonner le maillot blanc à col bleu, pour le maillot jaune et vert que nous connaissons aujourd'hui. Sous ces nouvelles couleurs, celles du drapeau national, du soleil éclatant et triomphant, de la forêt débordante de vie et d'énergie, la Seleção reprendra son destin en main en allant conquérir hors de ses terres 5 trophées mondiaux, en commençant 8 ans plus tard en Suède avec un certain Edson Arantes do Nascimento, puis en 1962 au Chili, en 1970 au Mexique, en 1994 aux États-Unis et en 2002 en Corée du Sud. Pour devenir la nation la plus titrée, la nation du football.

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Le Maracanã hanté ?

Mais changer de stade n'était pas possible... Stupeur et colère passés, le Maracanã est un temps un lieu honni, comme frappé de malédiction, dans lequel la Seleção ne rejouera qu'en 1954, 4 années après le drame. Une malédiction qui s'est réveillée à notre époque contemporaine lorsque lors de la deuxième Coupe du monde organisée au Brésil en 2014 la Mannschaft allemande a humilié les jaune et bleu par un singlant 7-1 en demi-finale. Une défaite historique, le « Mineiraço », la plus large enregistrée à ce jour dans les archives du football brésilien depuis un 6-0 encaissé en 1920 encore face aux Uruguayens, qui a réveillé les blessures et les démons du passé. Le Maracanã, stade maudit, à jamais hanté  par le « Maracanaço » de 1950 ?